jeudi 5 avril 2018

Campagne reliquats azotés 2018 : Le calme après la tempête


Alors que la campagne d’analyses de reliquat se termine à peine, Auréa AgroSciences vous propose une synthèse sur les tendances de cette année, arrêté à la date du 10 mars.

DES PARCELLES ET DES HORIZONS

Les 76 000 parcelles analysées par Auréa AgroSciences sur le site d’Ardon se répartissent principalement sur une bande qui va du Centre Ouest au Nord Est, avec également un pôle significatif en Midi-Pyrénées et Auvergne. Ces 76 000 parcelles représentent environ 155 000 horizons, soit une moyenne de 2 horizons par parcelle. Plus précisément, il y a 25 % de parcelles avec 3 horizons (3H), 55 % avec 2 horizons (2H), ce qui laisse 20 % avec un seul horizon (1H). Cette répartition est identique à celle de 2017. Comme chaque année, cette répartition est fortement dépendante de la région.

Moyenne pondérée du nombre d’horizon analysé par région





Ainsi, dans les zones pédologiques à sol plus superficiel telles que la région Poitou-Charentes, les reliquats sont en grande majorité réalisés sur un seul horizon. A contrario, dans les régions à sols profonds, la part de reliquats 3H est plus importante (Nord-Pas-de-Calais, Picardie, Ile-de-France). Pour ces régions, la profondeur d’analyse du reliquat peut se justifier par la profondeur des sols. Néanmoins, ce n’est pas le cas de toutes les régions. En effet, pour certaines régions (Aquitaine, Midi-Pyrénées, Lorraine), les sols sont profonds et pour autant le nombre d’horizon moyen est proche de 1. Ce choix de réaliser un seul horizon est lié à l’aspect réglementaire de l’analyse de reliquat. Pour ces régions, la réglementation n’indique pas systématiquement de profondeur de prélèvement à respecter. Dans le cas d’indication, la profondeur est de 60 cm, soit inférieure à la profondeur potentielle d’enracinement.
Ces analyses de reliquats sont donc principalement à but réglementaire et non agronomique comme on peut l’observer dans les grandes zones céréalières. Par ailleurs, les régions du Centre-Ouest de la France ne donnent pas non plus d’indications sur les profondeurs de prélèvement. Pour autant, une majorité des mesures de reliquat sont faites sur 2 horizons car ce sont essentiellement des reliquats utilisés dans le cadre de la gestion de la fertilisation azotée. En effet, le reliquat d’azote a, depuis le 5ème programme d’action nitrate, une envergure réglementaire, mais il ne faut pas oublier que le premier but de cette mesure est le suivi de l’azote minéral dans le sol. Cette analyse permet, via un bilan de masse, d’ajuster la dose d’azote à apporter au plus proche des besoins de la culture en tenant compte des fournitures d’azote par le sol et de l’azote minéral disponible à l’ouverture du bilan sur la profondeur potentielle d’enracinement de la culture (Ri).


RELIQUAT 2018 : UN RETOUR A LA NORMALE

Dès le début de la campagne reliquats de 2017, l’ensemble des acteurs avaient pu remarquer une forte hausse des teneurs en azote du sol en partie liée aux mauvaises récoltes de 2016 et la faible pluviométrie automnale. En 2017, les récoltes n’ont pas autant subi les aléas climatiques et cet hiver, les épisodes pluvieux ont été en moyenne plus importants que les moyennes saisonnières, en dehors du pourtour méditerranéen protégé par les reliefs. Ces conditions climatiques ont rendu les parcelles difficiles d’accès, avec des sols détrempés ou enneigés. Pour autant les chantiers de prélèvement n’ont été que modérément ralentis jusqu’à la mi-février.  Le reliquat moyen disponible sur les 76 000 parcelles analysées par AUREA est de 34 kg N /ha, soit près de la moitié de celui de 2017. L’écart était de +32 kg N/ha entre 2017 et 2016, 2018 est donc une année « normale ».





Vu la forte hétérogénéité régionale du nombre d’horizons prélevés, nous avons séparé les moyennes régionales selon la profondeur du sol. Les moyennes ont été calculées pour les régions où il y a plus de 100 parcelles. Dans cet article, sont présentés les résultats de l’étude en sols moyens (2 horizons). L’étude complète, comportant les résultats sur sols superficiels, et profonds (3 horizons) est consultable sur demande (technique@aurea.eu)
En sol moyennement profond (2 horizons), le reliquat moyen disponible est de 33 kg N/ha (39 000 parcelles) et de 39 kg/ha en 2016. Les valeurs sont assez homogènes sur l’ensemble du territoire, à l’exception du Sud-Ouest et du Nord-Est.

Reliquat disponible moyen en sol moyen (0-60cm) (kg/ha)





DES EFFETS SYSTEMES DE CULTURE MASQUES PAR LE NOMBRE D’HORIZONS

Les céréales à paille dominent très largement les cultures en place ou prévues avec un total de 62.4 % des parcelles analysées. Ayant des reliquats azotés en moyenne faible cette année, les doses conseillées sont plus importantes avec en moyenne 195 U N pour les blés tendres et blés durs.





Le reliquat moyen disponible diffère légèrement en fonction de la culture en place. Les parcelles en colza ont les reliquats les plus faibles ce qui s’explique par une absorption de l’azote au cours de son développement végétatif qui est plus importante que pour les blés.





L’effet du précédent cultural est fortement dépendant du nombre d’horizons prélevés. En s’attachant uniquement au premier horizon, les différences sont considérablement atténuées.





Les apports organiques et les couvertures de sols ont aussi un effet sur le précédent. En effet, les apports organiques épandus en été et en automne se minéralisent en partie sur la période automnale ce qui libère de l’azote minéral mesuré par le reliquat. Pour les CIPAN, l’impact est différent, puisque la culture piège à nitrates va capter l’azote restant de la culture précédente et ainsi diminuer la teneur d’azote minéral mesurée.





DE LA LIXIVIATION, OUI, MAIS AVEC MODERATION

La pluviométrie plus importante sur le mois de janvier 2018 a eu un léger effet sur le reliquat moyen national avec 6 U N en mois sur la moyenne de février par rapport à janvier. Ce phénomène est plus marqué en fonction des régions.





Selon le type de sol, la lixiviation peut aller de 20 à 60% du reliquat moyen (argile et sable respectivement selon la moyenne nationale). Toutefois, ces résultats sont à nuancer, car la hauteur d’eau utilisée pour ces statistiques est équivalente au cumul des précipitations sur 2 ou 3 mois (respectivement, reliquat réalisé en février et janvier). Or ce cumul ne prend pas en compte l’évapotranspiration possible, le ruissellement et autres « pertes en eau » de la parcelle qu’il faudrait retirer pour obtenir la pluviométrie efficace.





Après une année hors norme, l’année 2018 est une année dans les normes. La répartition du nombre d’horizons est similaire à celle de l’année dernière, ainsi il semblerait qu’une majorité des mesures soit faite sur la profondeur d’enracinement de la culture. En effet, le reliquat a un aspect réglementaire, mais c’est aussi et surtout un outil d’aide au pilotage de la fertilisation azotée. Il permet d’assurer les rendements sans avoir à sur-fertiliser en prenant compte des besoins de la culture et des fournitures d’azote par le sol. Cette méthode, dite du bilan de masse, a donc pour but principal l’optimisation de la nutrition de la culture.

Article rédigé par Emile REGNIEZ – Référent technique Reliquats Azotés – Auréa AgroSciences (45) Contact : contact@aurea.eu




Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire